ASSOCIATION LA FORET NOURRICIERE

Permaculture et ecosystemes comestibles

Greffage et Permaculture

La greffe est l'art de joindre une partie d'une plante (le greffon) sur une autre plante (le porte-greffe) de façon à associer le système racinaire de l'un et la partie aérienne de l'autre.

 

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Greffe de châtaignier sur chêne

La permaculture s'inspire de modèles naturels et aspire à reproduire des systèmes autonomes. A priori, elle ne devrait donc pas compter une méthode aussi peu naturelle que la greffe parmi ses outils et ressources techniques. Mais qu’en est-il vraiment ?
Dire cela reviendrait à réduire la permaculture à un dogme ou à une religion de "l’ultra-naturel", ce qui n'est heureusement pas le cas. Dans sa recherche permanente d’équilibre, le permaculteur prend en compte ses besoins et son contexte de vie pour choisir des solutions écologiques adéquates. Et il y a de très nombreux avantages à ne pas rejeter la méthode du greffage qui, dans le contexte économique et agricole actuel, est la seule capable de garantir des revenus relativement stables ainsi que des fruits plus goûteux.

Franck Nathié, chercheur de l’association La Forêt Nourricière, répond à nos interrogations sur le greffage en permaculture et présente sa méthode de Surgreffage multi-fruits.

 

Pourquoi greffer ?

 

Franck Nathié : La greffe offre de nombreux avantages :

  • Savoir précisément quels fruits vont arriver (ce qui n'est pas le cas quand on sème),
  • Accélérer la mise à fruit (qui est très lente suite au semis),
  • Produire des fruits dans des contextes improbables grâce au porte-greffe qui peut rendre la plante résistante à la sécheresse, à l'humidité, à l'alcalinité ou à l'acidité,
  • Transformer des arbres fruitiers sauvages (aubépine, prunelier) pour produire des fruits goûteux rapidement en attendant que nos semis grandissent et donnent leurs premiers fruits.

 

Quelle(s) méthode(s) utiliser pour la greffe ?

 

Franck Nathié : Il existe de très nombreuses méthodes de greffage ! Mais elles sont en général développées par les professionnels pépiniéristes pour répondre à un besoin de rendement. Or, les particuliers ont des objectifs souvent très différents de ceux des professionnels. Par exemple la diversité dans les récoltes sur le même arbre n'a aucun intérêt pour un professionnel alors qu'il en a pour le particulier qui possède un jardin étroit.

Au cours de mes recherches, j'ai appris  à greffer auprès de professionnels en pépinières et de  formateurs reconnus tels que Maurice Chaudière, Alain Pontoppidan, Jean-François Burri et Andy Darlington. J'ai mélangé toutes ces approches et développé une méthode de greffage destinée au permaculteur amateur et que j’ai appelé le Surgreffage multi-fruits. Avec cette méthode,  on greffe les arbres qui ont 2 à 20 ans (en fonction du porte-greffe) et on a peu d'entretien après la greffe.

 

Quels sont les avantages du "Surgreffage multi-fruits" ?

 

Franck Nathié : La méthode permet notamment d'avoir des fruits très tôt (1 à 3 ans seulement après la greffe), de donner un port  naturel à l'arbre, de limiter grandement la taille de mise en forme lors des trois premières années (et d'éviter ainsi beaucoup de plaies à l'arbre). Elle offre également une grande flexibilité puisqu’elle permet de greffer hors des périodes conseillées et d’utiliser des porte-greffes très variés parmi les fruitiers cultivés (pommier, poirier, prunier, châtaignier, etc), mais aussi parmi les plantes sauvages qui se trouvent dans les haies (aubépine, prunelier, sorbier, merisier, néflier, alisier, chêne).  Il n’y a que l’embarras du choix !

 

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 Greffe de pommier avec la méthode du surgreffage multi-fruits

 

 

Peut-on tout greffer sur tout ?

 

Franck Nathié : Il y a quelques règles à respecter dont, par exemple, celle de greffer des fruits de la même famille que le porte-greffe. Plus spécifiquement, chez les rosacées, il s’agit de greffer les fruits à noyaux sur noyaux et les fruits à pépins sur pépins. Par exemple, on peut greffer des pommes, nèfles, coings, sorbes ou poires sur de l’aubépine (fruits à pépins) mais pas de cerises ou d’abricots (fruits à noyaux). Petit conseil : greffez les fruits à noyaux en fin d'été et les fruits à pépins en fin d'hiver, c'est là où j'ai observé les meilleures reprises.

 

03 POIRE COLETTE SUR COING GREFFAGE-500Résultats de la greffe de poires colette sur cognassier

 

On peut aussi greffer du châtaignier sur du chêne (photo) et sur du hêtre, mais pas sur du bouleau ou de l’érable (le résultat est très aléatoire !). C'est une histoire d'affinité génétique.

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Châtaignes sur chêne

 

DansMultiplication des plantes fruitières & Ressources végétales, je fais la liste des porte-greffes présents dans la nature et des greffons qui s’y associent bien. Il ne s’agit pas de greffer tout sur n’importe quoi, mais de savoir profiter du potentiel que nous offre notre environnement et d’être capables de nous adapter à notre  contexte.

 

En quoi consiste la méthode du « Surgreffage multi-fruit » ?

 

Franck Nathié : Elle consiste à déshabiller l’arbre, c’est-à-dire à ôter sa ramure principale pour ne garder que des branches charpentières sur lesquelles on greffe des rameaux complets (avec du bois de deux, voire trois ans dans certains cas).

 

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Quatre étapes du greffage

 

Dans les méthodes plus traditionnelles, on ne greffe que des petits rameaux (avec du bois d'un an, à deux ou trois bourgeons) et dans les périodes de greffage définies (fin mars), ce qui est censé assurer, une bonne croissance et un bon pourcentage de reprise.

Mais mes observations et expérimentations m'ont prouvé que toutes les règles connues du greffage sont en fait très relatives aux méthodes employées par les professionnels, qui diffèrent grandement de celle que je propose aux particuliers et amateurs de permaculture. De mon côté, j'ai déjà eu 100% de reprise en greffant des rameaux immenses avec du bois de deux ans à la mi-mai (et en lune descendante !).

 

Et la lune, est-elle un partenaire pour le greffage ?

 

Franck Nathié : J'ai pris le calendrier lunaire de Maria Tune et j'ai bien regardé ce qu’il ne fallait surtout pas faire : pas de greffe en lune descendante et surtout pas sur les points lunaires ! J'ai donc relevé des dates précises auxquelles il ne faudrait surtout pas greffer… Et j’ai fait le test ! J'ai greffé un 14 juillet, sur un point lunaire en lune descendante (avec des greffons stockés au frigo). Résultat : sur une quinzaine de greffes j'ai eu environ 70% de réussite, dont un greffon de la pomme Chanteclerc sur un poirier Conférence (cf photo). Je continue mes tests… Affaire à suivre !

 

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Pomme Chanteclerc sur Poirier Conférence, greffe du 14 juillet

 

Pour s’informer et se former

Dans Multiplication des plantes fruitières & Ressources végétales   (220 pages) Auteur : Franck Nathié

 

La Forêt Nourricière organise aussi des formations L’Art de la greffe et Taille douce des plantes fruitières où vous apprendrez toutes les bases et bénéficierez des méthodes les plus efficaces découvertes par Franck pour savoir multiplier vos plantes et produire des fruits en abondance. Toutes les dates de stage dans le calendrier

   

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